çalui – extrait de Non Dit (de suspendu à bondir)

Texte publié dans la revue N47

     __ çalui__

C’est une litanie   ça se prend des airs liturgiques    et ça s’entasse. Tellement que ça creuse son trou ça vous grignote l’espace intérieur ça fait obstacle à la circulation parce qu’on croit qu’il serait plutôt vide         

                                          ça paraîtrait logique qu’il soit rien:. :. :. :. mais non :. :. :. :. c’est un matériau dense qui pèse lourd son plomb de plume 

                                         Aujourd’hui à ma fenêtre je l’ai vu neiger de tous ses flocons on les voit blancs ils volètent et tombent :. :. :. :. par cristaux ça s’amoncèle tellement que ça bosse ça vous scintille les mirettes et puis      monte monte       monte

          marée écumante de___ avec bulles qui claquent sans bruit                ignorées les enflures gonflées de l’air du___     jusqu’à l’éclatement

                               Le porter  comme un enfant  au plus près du cœur  et  battement   et  bercement   et  mouvement amniotiques jusqu’à l’expulsion    mais qui coupera le cordon

Agglomérats en sommeil et autour son corps et dedans ses rêves et son souffle court le long d’une lumière         usée

Le teint blême est ce qui lui va le mieux    plus facile à interpréter quand il se tait de tout son non-dit épaissi dès la taille      et jusqu’en bas roulé sur les chevilles

Chanson      car oui il se chante        d’aspiré à voix hautes il s’aiguise à la meule à faire des étincelles      :. :. :.    son propre brouillard de son         et de songes

Se fait percée de solitude   par des failles par des brèches ça s’éventre ça s’évente simplement un doux pfuiitttt qui ne se prétend pas échappé ni d’une pensée ni d’un contenant    il enrobe et enveloppe       la basse fosse

Quartier de haute sécurité l’isolement une autre manière de le dire sans le montrer sa qualité parcellaire sa réalité morcelée sa semence stérile sa peau secrète d’absence   un crépon invisible chiffonné

                                         juste un petit rappel quand il atteint l’eau c’est au fond    des oubliettes

Ce n’est jamais le bon moment pour lui de se faire inviter, il prend déjà trop de place    ici et là comme ailleurs    alors chez soi :. :. :. :.  A se demander s’il y a une maison pour lui et pourtant on doit bien l’avouer       dans notre ciel dans notre thème qu’il soit astral ou carrément pas :. :. :. :.  il envahit et pousse c’est du chiendent    avec racines superficielles et profondes qui rhizoment et font réseau    tout un tissu de ____ pour vous bâillonner un jour viendra la tyrannie du ____ gagnera ou ça ira à la lanterne        et quoi restera

           Dans un bateau immobile et sans voir il s’en balance       je t’en supplie pince-moi

Séparations et retrouvailles il sait se jouer des écarts avec l’intensité qu’on lui connait avec toute l’inventivité du silence à savoir si on ne parle pas des deux faces d’une même pièce à savoir si ses deux-là sont les plus fidèles alliés à ne plus faire qu’une entité alors         dans l’égalité ils marchent leur sens implacable façon mille pattes plein de l’espoir      de s’envoler

              lui   il cherche ailes    une annonce dans les colonnes matrimoniales à préciser qu’il les faut insonores indolores inodores plus invisibles et rétractables    à cette condition multiple seulement

                                              instable bien que quasi permanent mais comment ferait-on autrement comment irions-nous contre un principe de nécessité c’est ce qu’on vous explique à longueur de discours il faut s’y faire :. :. :. :.

mieux faire avec        jusqu’au presque suffisant        et dans le presque réside la finesse afin de calibrer le débit de sa fougue  au______    nommé désir

Est-ce que ça se trouve dans les mémoires est-ce que ça se trouve dans les oublis conscients ou pas est-ce que ça se raconte même si :. :. :. :.  l’on ne s’en souvient pas mais qu’il faut bien le sortir de l’oubli comme un devoir           

                                                                        une escale obligatoire pas de choix avec lui qui vous déboule sur le chemin depuis l’outre-vie depuis par-delà la tombe et le mal qui sait si c’est pas pour vous faire      du bien

Se renverse et galipette il se retrouve toujours sur ses deux pieds à vous rouler jusqu’aux confins de vous-même

Nuages flottés frappés dans le vent rabattus comme feuilles comme linges collés à mon corps puis envolés de nouveau suspendus comme au fil que je dévide depuis mon ventre-tête cette ligne de poésie        pour lui

S’aspire par les narines avec son air de rien et s’expire avec le las de la voix             revient en rafales avec les rêves violents d’ailleurs chargés des regrets    fallait-il vraiment être né mais aussi les merveilles       de se surprendre            étincelle          

Ivre   le manque fou d’un désespoir qui avoue l’impuissance de son espoir   tout en s’y accrochant   de tout l’amour du monde    ne fait que passer on le sait on ne referme rien on essaie de suivre       son sillage

Les jours pairs de circulation   les jours impairs de sur place chassés croisés soufflés mille fois rejoués pour faire la nique au ____   quotidien        donnez-nous la perte en aller-retour et myopies valent pour regards anonymes où percent des angoisses universelles appelées trous :. :. :. :. éventuellement noirs     où reclure       les mots les signes les codes les symboles ce qu’on plaque dessus pour ne pas voir l’absence

Une langueur par défaut de crise au matin avortée quand jadis macule les draps

                                 border un territoire au point d’amenuisement        pour laisser à l’intersection son rôle de dissipation

Engouffré dans la brèche    n’est pas si déficient    cependant vous noue les tripes en tout dénuement et ce n’est pas la faim et ce ne sont pas les nerfs c’est les foies :. :. :. :. pour les intentions il se tient à l’écart    entre abstinence et besoin

Est-ce fou est-ce beau esseulé     lui    au bout d’une corde d’une laisse il se tord le cou et alors lui sort une langue

De boucherie  quand il saigne son hémorragie interne rien aux étals non rien à zyeuter tout à sentir dans les boyaux

Minier son grisou son coup             exposé ça vous fait une de ces gueules

                      voudrait garder sa dignité et sa raison     c’est sans compter   qu’elle est retrouvée   l’éternité 

Bafoué dès que gambade liberté devant les yeux à le faire se rapprocher de la mer

                                 En allée avec le soleil alors

                                 Accompli :. :. :. :.  il dit : la plénitude c’est comme la fin      du monde

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