Michael Wasson (Nez Percé) extrait de Autoportrait aux siècles souillés, éditions les Lisières, 2018

R E M A R Q U E S  D ’ U N G A R S  (I N D I G È N E)

À  L’ A M É R I Q U E

1. Pardonne-moi d’avoir quelque chose a dire

2. Tout est dans le langage que nous utilisons. – Layli Long

Soldier [Ceci veut dire beaucoup pour moi]

3. 13h34, il pleut encore

4. D’abord, je suis plutôt timide [donc je fais de mon mieux]

5. J’inscris sur la page blanche & j’efface le fonce que j’y ai mis

6. Laissez-moi recommencer

7. Je regarde les miens se faire arrêter la nuit

8. Ce que j’ai vu : leurs poignets luisants sous la lune

9. ’anoqónma, dit mon oncle / ce qui veut dire, indigènes

10. Question : y a-t-il assez de métaphores pour faire

sombrer le monde ? Ou pour qu’il continue de tourner ?

11. Parfois, rester sous la pluie me fait me sentir plus vivant –

pourquoi ca ?

12. Mon cousin a deux longues tresses qui descendent

jusqu’au bas de son corps – et de cela, je suis très heureux

13. Tu vois ta bouche – nos lèvres ne veulent rien d’autre

que d’être ce rouge

14. Autrefois le monde entier était eau / ne t’en souviens-tu

pas ?

15. 21h07, je veux que ma mère / sache que je l’aime

16. Les os parlent / Les os parlent

17. Arrête-toi & écoute le silence entre nous

18. Qu’est-ce que cela pourrait signifier ?

19. Certains d’entre nous sont plus effrayes que d’autres

20. Note pour moi-même : chaque mot que j’ai déjà dit

l’était et est dentelé d’eau, de l’eau brulante

21. Question : as-tu scrute tes empreintes digitales sur la

fenêtre ?

22. Pense a l’instant : la seule preuve de ton humanité /

parfois / que tu aies été la

23. Comment pourrions-nous prouver que nous sommes

vraiment vivants ? / Trop profond ? Trop tôt ? Peut-être.

24. Laisse-les dire : les morts t’ont code comme ca :

caches dans tes empreintes digitales

25. Touche-moi / je promets que je ne suis qu’un corps

avec un cœur battant

26. Avec la perte conséquente / de lumière / tu te vois /

dans le verre

27. Note pour moi-même : chaque fantôme dans tes os

te fait bouger

28. C’est la vie / parfois

29. Mon étudiant / qui écrivait ses notes au feutre sur

ses bras / est mort de soif dans un champ

30. Un commentaire sur internet dument note : nous

gagnons la guerre alors bon sang tais-toi

31. Tu fus fait chair a partir de beaucoup

32. de (-continus-) coup de fusils

33. Un autre commentaire internet : laisse les chiens les

manger MAUDITS BOUFFEURS DE CHIENS

34. As-tu regarde dans la glace & dit : tu es un cimetière

35. Oui je l’ai fait

36. Je fausse le miroir rien qu’en me tenant la / rien qu’en

pensant a toi Amérique

37. Touche-toi dans le noir (de n’importe quelle façon

nécessaire) parce que tu es

38. un (-continu-) plaisir de vivre

39. Question: avez-vous entendu des voix en observant

une flaque d’eau ?

40. Il a plu hier également

41. Imagine : la pluie bondissant du champ / comme

les criquets

42. J’ai pousse mon cri yáaca’ ° depuis un océan au loin

/ depuis le rire

43. Car les souvenirs de joie qui circulent entre nous

gardent notre sang en mouvement

44. Je voulais savoir que le corps / était tout ce que

nous avions

45. Essayer de se souvenir : ce que ma peau ressentait

après que quelqu’un ait dit : putains d’Indiens

46. A propos : te voilà / mon dieu / Lecteur Gentil /

parce que je prie & que tu écoutes

47. Merci / qe’ciyéw’yew’

48. Le mot le plus seul est celui à l’intérieur de toi que

tu n’as pas encore prononce

49. Apprendre a faire l’amour dans un autre langage /

j’ai pleure cette nuit-la

50. Tout ce qui restait – des corps qui se souviennent –

souffle, maintenant enfui, mouillant encore la bouche

51. Non, le corps est fait pour supporter les morts

52. Le robinet d’eau de mon grand-père est le meilleur

du monde / je le jure

53. C’est bon pour le sang, dit mon oncle [qui voit mieux

de son seul œil que moi avec les deux miens]

54. J’ai été créé parce qu’il faisait sombre – & quelqu’un

manquait

55. Déshabille-toi & et regarde-toi / souris / c’est toi

56. Mets ta main sur ta poitrine & dit quelque chose

comme : une maison avec tout le monde dedans)

57. Je suis en partie monstre, en partie animal, partie

eau, partie histoire, partie chant, partie farceur,

toujours le sang rencontre l’eau & asperge la terre

58. Tu respires / mon cœur ne peut pas faire

autrement / que réagir

59. … rassembler les sens, mais je dis, rassemble tes mains,

cher bien-aimé

60. Dans le hayon de la minuscule Honda rouge de

ma mère, la radio diffuse: chers bien-aimés, nous sommes

rassemblés ici aujourd’hui

61. pour (-continue-) traverser cette chose appelée vie. &

depuis j’ai toujours aime Prince.

62. Tu traverses ta vie comme [a. une saison, b. un enfant

jouant dans les limbes, c. un réveil, d. tous les sus-cités a

la fois]

63. Dans le champ, sur le lieu du massacre, j’ai pleuré

& pleure pendant que mes camarades de classe me

regardaient

64. Question : rêves-tu de moi?

65. Quand la pluie aura cessé de tomber, je demanderai :

te souviendras-tu de moi comme ça ?

66. Première gelée de l’année signifie : oui, même le

souffle touche la terre & reste

67. Question : comment nettoyer l’air si l’air est tout

ce que vous avez perdu ?

68. T’ai donné Amérique ce que tu voulais mais j’ai

garde quelque chose

69. Sur le compte Facebook de ma mère, j’écris : être

dans cette peau c’est être en résistance

70. Sur le compte Facebook de mon ami, j’écris :

existence indigène = oxymore

71. Un casque se court-circuite & – soudainement – la

même chanson devient quelque chose jamais entendu

auparavant

72. Les moineaux se sont abattus sur le champ de riz /

ne laissant derrière eux qu’un arbre dépouille

73. Je vous aime tous/ je le jure

74. Ou pour le dire autrement : ’óykaloo, ’eetx heetiwíse

75. S’il te plait regarde-moi dans les yeux : c’est tout ce

que je demande

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